La croisée des destins

 

Chapitre 5 : Concours

 

 

            “Doucement mon bonhomme, doucement !”

 

            Il était six heures du matin et je tentai, tant bien que mal de faire monter Éclipse dans le camion. Celui-ci, devinant qu’on l’emmenait en concours, s’énervait et essayait de me traîner dans le camion. Si bien que j’étais obligée de le faire marcher sur de petits cercles, pour le calmer. Finalement, il monta calmement sur la rampe et pénétra, la tête dressée, dans le véhicule obscur. Une fois l’étalon bien attaché, je refermai le battant et laissai Léa embarquer Jupiter, avant d’y emmener enfin Casiopée. Le camion pouvant contenir au moins six chevaux, nos montures avaient suffisamment de place, surtout Éclipse qui ne supportait pas de devoir rester immobile trop longtemps.

 

            “C’est bon !” nous lança Fabien, en finissant de fermer la porte arrière du véhicule, alors que Léa et moi, accompagnées de Luna, grimpions dans la cabine, avec Benoît et Paul, le frère de Léa.

 

            “- Bonne chance, pour le concours ! nous lança mon père, en s’accoudant à la portière. Eh, Cécilia, fais attention, avec Éclipse ! Ca va être son premier concours là-bas !

 

             - Ne t’inquiète pas, papa ! Je sais ce que je fais ! le rassurai-je.

 

             - Bon ! A ce soir, ma grande ! Et Benoît, conduit prudemment !” répéta mon père, alors que le camion partait doucement le long de l’allée principale.

 

* * * * *

 

            Trois heures plus tard, nous pénétrâmes enfin dans l’enceinte du “club des trois pins”, où avait lieux le concours. Plusieurs camions occupaient déjà le parking; Benoît se gara à l’écart des autres, par égard au comportement agressif d’Éclipse.

 

            “- Allez marcher Éclipse et Jupiter ! nous lança Benoît, en nous aidant à ouvrir la porte arrière et à rabaisser la rampe. Moi je m’occuperai de Casiopée !

 

             - On sais, Benoît ! répliquai-je. Pas la peine de nous rappeler ça !

 

             - Bon, pendant que vous marchez les chevaux, je vais voir le programme et votre horaire de passage ! suggéra Paul. A tout de suite !”

 

            Comme prévu, Benoît détacha Casiopée et l’emmena hors du camion, imitée par Léa et son cheval. Je m’apprêtai à les suivre avec Éclipse quand...

 

            “Cécilia !! cria Léa. Garde Éclipse à l’intérieur, on a un problème !”

 

            Entendant cela, je rattachai mon cheval et surgit sur la rampe.

 

            “- Qu’est-ce qui se passe ? m’inquiétai-je.

 

             - Émir ! répondit Léa simplement.

 

             - Quoi Émir ? Ne me dit pas que...?

 

             - Si ! Le “club de Cornouaille” participe au concours, et ils ont emmenés Émir ! répondit Léa. Et, comble de malchance, leur camion est près du nôtre !”

 

            En effet, jetant un coup d’œil alentour, j’aperçus alors le camion bleu et blanc du club de Cornouaille, et aperçu un de leurs palefreniers qui ramenait un magnifique étalon bai (corps marron foncé et crins noirs), Émir, un Pur-Sang, qui haïssait Éclipse. En effet, lors de son premier concours, la détente avait virée à la catastrophe. En effet, Émir était monté par une petite pimbêche qui se croyait tout permit. Elle passait derrière l’obstacle de détente, au moment où je le franchissais. Je n’ai pas pu l’éviter et Éclipse a heurté l’étalon bai. Celui-ci, se sentant défié, s’est jeté sur mon cheval ! Émir a été blessé à un antérieur et n’a donc pas pu concourir. Bien évidemment, sa cavalière m’a accusée de l’accident et de n’avoir pas su tenir mon cheval. Mais, eh, qui c’était qui avait laissé son cheval attaquer le mien ? C’était pas moi. Et bien sûr, c’était cette grosse nunuche qui montait Émir, aujourd’hui, encore ! Bah, ça allait pas se passer comme ça !

 

            “- Qu’est-ce que tu fais ? s’inquiéta Léa, en me voyant entrer dans le camion, tandis que Benoît tenait, un peu plus loin Jupiter et Casiopée.

 

             - Je sors Éclipse !

 

             - Mais, t’est cinglée ou quoi ?

 

             - Non ! Mais le palefrenier tiendra sûrement mieux ce cheval que cette pimbêche ! Il n’y aura aucun problème !”

 

            Sur ses mots, je détachai Éclipse qui, encadré par Léa et moi, quitta le camion. Un hennissement de défi retentit alors. Éclipse leva la tête et aperçut l’étalon bai.

 

            “- Non ! Bonhomme ! Ne réplique pas ! lui ordonnai-je, en lui baissant la tête.

 

             - Cécilia, rentre-le ! me supplia Léa.

 

             - Mais, non ! Regarde ! Éclipse reste à mes ordres !”

 

            Effectivement, Éclipse, la tête basse, me suivait docilement, tandis que je l’éloignai du camion. Mais alors...!

 

            “Oh... Mais qui voilà !”

 

            Je levais la tête et vis, devant moi, celle que je ne voulais sûrement pas voir ! Leslie Cooper, la cavalière d’Émir, la fille des propriétaires du club de Cornouaille ! Celle-ci me regardait de haut.

 

            “- Qu’est ce que tu veux, encore ? répliquai-je.

 

             - Rien ! Je voulais juste te dire que, cette fois, tu as intérêt à garder tes distances ! Et que tu n’aura pas, une fois de plus, la première place !

 

             - Tu veux parier ? grommelai-je.

 

             - Non, je ne parie pas ! Les paris, c’est pour les pauvres, comme toi ! En plus je suis sûre que ce n’est même pas ton cheval !

 

             - Dommage ! Mauvaise déduction ! C’est mon cheval et, moi, au moins, je le contrôle !

 

             - Ah oui, Miss je contrôle bien mon cheval, tu le contrôlai bien, ton cheval, quand il s’est rué sur Émir, il y a deux mois !

 

             - Pardon ?! m’étranglai-je. Je te rappelle que, si tu ne te prenais pas pour le nombril du monde, tu aurais respecter les ordres de manège dont l’une des règles est “dégager les zones de réception” ! m’écriai -je. Si tu avais respecté cette consigne, je ne te serais pas rentrée dedans et TON cheval n’aurait peut-être pas attaqué le mien ! Et TU n’a même pas été capable de le retenir. Moi, j’ai essayer de faire reculer Éclipse et j’y serai arrivée si ton cheval ne s’étais pas rejeter sur lui. Et si Éclipse a blessé Émir, c’est parce que TU l’as frappé avec TA cravache, pour, soit disant, l’éloigner ! Ca n’a fait que l’énerver davantage, alors excuse-moi, j’ai du boulot !”

 

            Sur ses mots, je passais devant elle, la laissant muette d’indignation, et, emmenant Éclipse, je l’éloignai de cette pimbêche.

 

            “- Tu me le payera ! hurla-t-elle alors. Personne n’a jamais traité Leslie Cooper, de cette façon.

 

             - Très bien !”

 

            Sur ce, Léa me rejoignit.

 

            “- J’ai entendu votre dispute ! Tu n’aurais pas dû la provoquer ! Elle est très rancunière, cette fille.

 

             - Et alors, qu’elle essaye de tricher, et elle va s’en prendre plein la figure. Je te rappelle que c’est de sa faute si, maintenant, Éclipse a peur des cravaches ! C’est de sa faute si Éclipse déteste Émir !!!

 

             - Oui ! Je le sais, mais...!

 

             - J’ai du boulot ! lâchai-je, agacée par la tournure des évènements.

 

             - Ah, au fait, Paul m’a dit que tu passais en troisième, avec Éclipse et en avant-dernière, avec Casiopée !

 

             - Ah ! Et il y a combien de participant ?

 

             - Une quarantaine !

 

             - Et toi, tu passe quand ?

 

             - Après Casiopée ! Bon, tu ferais bien de laisser Éclipse dans le camion, en attendant l’épreuve. Il sera plus calme ! En plus, la E1 n’est qu’à 15h00 !”

 

* * * * *

 

            “Se présente, Léa Pommerlier, sur Jupiter, pour le club de l’Espérance !”

 

            J’étais accoudée à la barrière et observait le parcours de mon amie. L’épreuve avait commencée depuis, déjà, deux bonnes heures. Avec Casiopée, j’avais fais un parcours sans-faute, dans les temps, si bien que, pour l’instant, j’occupai la deuxième place du placement. Avec Éclipse, j’avais fait un parcours en 29 secondes, soit la première place du classement. Leslie, qui était passée avant Casiopée était tellement obnubilé par la rage de vaincre que son cheval avait refusé devant le premier obstacle et avait fait un parcours des plus catastrophiques.

 

            “- Et c’est un parcours sans-faute, en 33 secondes ! Léa Pommerlier et Jupiter prennent donc la deuxième place du classement !

 

             - Génial Léa ! la félicitai-je alors qu’elle regagnait, au pas, le terrain de détente.

 

             - Merci, mais tu sais...!”

 

            Un hennissement strident retentit alors, un hennissement, apeuré, que je ne connaissais que trop bien.

 

            “Éclipse !” hurlai-je, en me ruant vers le parking.

 

            J’aperçu Benoît, qui marchait Casiopée un peu plus loin, se précipiter vers le camion, confiant Casiopée à Paul.

 

            “Cécilia !” cria-t-il alors que je m’engouffrai dans le camion.

 

            Là, je m’arrêtai, pétrifiée d’horreur ! Éclipse, terrorisé, cassa la longe, en se cabrant de toute sa hauteur. J’aperçu alors, une silhouette inerte, étendue sur le sol, une cravache à la main.

 

            “- Non de...! Benoît ! Sors la fille de là !” hurlai-je, en me jetant sur mon étalon, pour l’empêcher de piétiner la fille.

 

            “Oh ! Calme-toi, Éclipse ! Personne ne te fera de mal ! Tu m’entends ! Personne ne te fera de mal, je te le promets !” lançai-je doucement à mon cheval, les deux mains accrochées à son licol, tandis que Benoît sortait la fille hors du camion, et que Léa arrivait en courant, tirant Jupiter derrière elle.

 

            Paul, attrapa Jupiter, tandis que Léa se précipitait vers le camion.

 

            “Léa ! Envoie moi une longe ! Éclipse vient de casser la sienne !”

 

            Elle me l’apporta et je la fixai au licol de ma monture qui, sensible à mes caresses, était revenu d’aplomb sur le sol, tremblant de tout son corps. Encadré par Léa et moi, une couverture sur le dos, Éclipse sortit du camion, et je le fit marcher, pendant une bonne demi-heure, avant de le ramener vers le véhicule où tout le monde s’était attroupé. Je venais d’attacher Éclipse dans le camion, quand Léa entra et me dit :

 

            “- Devine qui c’était ?

 

             - Qui ?

 

             - Ben, la fille qui a faillit se faire piétiner par Éclipse !

 

             - C’était qui ?

 

             - Leslie Cooper ! me lança-t-elle.

 

             - Qu’est-ce qui lui a pris ? Elle est folle ou quoi ? Éclipse aurait pût la tuer !”

 

            Soudain, je me rappelai la cravache.

 

            “- Elle n’a... quand même pas voulut se venger sur lui ? m’étonnai je, en enlevant la couverture.

 

             - Il y a des chances ! Regarde les marques qu’il a sur la croupe !”

 

            Je jetai un coup d’œil et fut prise d’un accès de colère. Des marques sanglantes lui marquaient la croupe.

 

            “Elle l’a battue !!! hurlai-je. Ah, elle va me le payer !”

 

            Sur ses mots, je sortie, hors de moi, du camion, et me ruait sur la fille, qui racontait sa version des faits à la foule.

 

            “... Je ne faisais rien de mal, je voulais juste le voir de plus près, et il s’est soudain jeté sur moi ! Il est dangereux ce cheval ! Il faudrait l’abattre !”

 

            Entendant cela, n’y tenant plus je me jetai sur elle et la plaquai au sol.

 

            “- Retire ce que tu viens de dire, sale co...! Personne n’abattra Éclipse car il n’est pas dangereux ! Tu n’avais rien à faire dans mon camion ! Rien du tout ! Et si je te reprend à frapper Éclipse... !

 

             - Elle a frappée Éclipse ? s’indigna Benoît.

 

             - Oui ! Je peux le prouver !

 

             - Ôtez vos accusations de ma fille, mademoiselle ! hurla soudain la propriétaire d’ Émir. Ma fille ne ferait jamais une chose pareille ! Elle n’a pas besoin de faire une chose pareille pour gagner !

 

             - Ah oui ! lâchai-je crûment. Et qu’est-ce qu’elle foutait avec une cravache à la main, si elle ne faisait que “regarder” ?

 

             - Ca ne prouve rien !

 

             - Moi, je peux vous le prouver ! m’écriai-je, tremblante de rage, en me ruant dans le camion. Messieurs les juges (les juges du concours faisaient partie de la foule) je vous prend à témoin ! Lors de l’épreuve, mon cheval n’avait aucunes marques, non ?

 

             - Non ! confirma l’un d’eux.

 

             - Et tout le monde sait que je n’utilise jamais de cravache !

 

             - Oui ! répondirent plusieurs personnes, que je connaissait, pour les avoir rencontrés sur les divers terrains de concours.

 

             - Et bien, regardez ce que cette petite “fille à sa maman qui ne serait pas capable de faire du mal à un agneau” ! Regardez ce qu’elle a osée faire à MON cheval !”

 

            Je sortis alors mon cheval du camion, exposant à tous les marques sanglantes qui sillonnaient la croupe et les épaules de l’étalon. Des exclamations de stupeur retentirent dans la foule qui jetèrent un regard au cheval puis à mon ennemie, qui tenait toujours sa cravache à la main.

 

 

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